Publié par : m2museologie | 02/11/2010

La clef du musée de l’Hôtel Dieu : les expositions temporaires

Penser un nouveau musée, ça n’est pas simplement envisager sa création mais c’est penser à sa pérennité, à son avenir et à comment l’inscrire dans le temps des hommes. Cette question du temps long trouve une résonance dans la mise en place de l’exposition des objets des collections lyonnaises. Comment les faire vivre chacun comme ils le méritent, et plus encore comment les faire vivre ensemble pour le visiteur ? Il apparaît rapidement que devant une telle richesse, une telle profusion, une sélection doit être effectuée. Et pourquoi pas pousser la sélection vers ce qu’elle peut apporter de meilleur lorsqu’elle est mise en relation avec le temps court, vers un musée qui consacrerait tout son souffle aux expositions temporaires tout en rendant accessible une collection au repos dans les réserves ? Pourquoi ne pas allier conservation et diffusion dans la scénographie même des expositions du musée de l’Hôtel-Dieu ?

01- Tout montrer, tout voir

Nul ne peut discuter l’attrait qu’exercent le rare, l’éphémère sur la curiosité humaine. Ces rapports au temps court entraînent à considérer comme précieux un objet pourtant commun, mais qui ne sera visible que pendant un laps de temps réduit, offert à un public privilégié qui pourra plus tard dire qu’il était là, qu’il a vu ce que d’autres auront irrémédiablement manqué.

Si une exposition est toujours une invitation, une proposition, celle qui est donnée par les expositions temporaires est sans cesse renouvelée, jamais la même, interpellant le public en convoquant sa curiosité, son goût de la nouveauté et de l’inédit, tout en le faisant réfléchir sur ce qu’il connaît déjà et ce qu’il a envie de découvrir. La vocation d’un musée est d’étendre et de renouveler l’intérêt et les connaissances du public, et cette vocation, pour un musée qui ne proposerait que des expositions temporaires se trouve mise en avant, valorisée. Et le musée de la santé est le plus à même de proposer ce système de monstration, du fait de l’étendue et de la diversité du patrimoine qu’il aura pour tâche de présenter et de conserver. Il s’agit d’articuler tous les expôts, chacun lors d’un moment privilégié, celui de l’exposition thématique qui pourra le mieux le présenter, le patrimoine des collection lyonnaises couvrant en effet presque tous les domaines de la santé, et par extension tous les thèmes qui sont susceptibles d’être traités tout au long de la vie du musée.

Pour autant, il n’est pas à envisager qu’il coupe le public de la totalité de sa collection. Aujourd’hui, grâce aux technologies et nouveaux media, la chance est à saisir de pouvoir affirmer une volonté ambitieuse : à la fois mettre en valeur la totalité du fonds et une partie qui constituerait le corps des expositions temporaires. Faire vivre et battre le cœur de la collection « en sommeil », et faire briller quelques uns de ses organes. En effet, il est désormais possible de visiter les musées depuis son ordinateur grâce aux logiciels de simulation ou aux sites internet comme http://www.secondlife.com qui permettent de modéliser n’importe quel lieu dans ses détails les plus précis. Il pourrait dès lors être intéressant, à la fois dans un but pédagogique et dans une visée de communication, de faire respirer la collection sur Internet. Il s’agirait tout à la fois de permettre un accès illimité aux objets parfois soumis à des protocoles de conservation contraignants, et de proposer un avant-goût de ce qui devient ainsi, en parallèle avec les expositions temporaires, le deuxième poumon du musée : les visites de la réserve. Alors que l’exposition temporaire donne un accès plus direct, puisqu’elle propose un parcours pensé et créé pour les visiteurs, la réserve se verrait un lieu d’exception, à visiter sur rendez-vous, avec un conservateur, un professionnel de la médecine, un étudiant spécialisé dans un domaine précis, qui chacun offrirait un regard différent sur la collection.

Le visiteur se voit ainsi constamment sollicité, que ce soit par le temps court de l’exposition ou le temps long de la réserve qui elle aussi évolue au gré des manifestations du musée. Une présentation simple et pratique pourrait consister en un ensemble de meubles à tiroirs, de porte-grilles à tableaux ou de compactus inspirés des moyens de conservation des archives en général et du musée paléontologique de l’Université Lyon I ou du Museum de Toulouse. Ce système permet à la fois un gain de place, un accès facile avec un parcours aisé et qui peut changer au gré de celui qui propose la visite, et surtout une conservation respectueuse des objets.

 

 

 

 

En parallèle à cette aire de préservation, comme située hors du temps des hommes, la mise en place de structures permanentes au sein même de l’espace dédié aux expositions temporaires permet de maintenir la cohésion du musée de l’Hôtel Dieu. Le Sir Winston Churchill’s War Rooms Museum à Londres[1] possède une table interactive qui se présente comme une frise chronologique de la vie de Sir Winston Churchill et qui peut servir d’inspiration à une frise propre à la collection du musée de l’Hôtel Dieu et à son histoire. Si à première vue la table interactive présente peu d’informations, en cliquant sur chacune des dates, le visiteur accède à de nouvelles données : photographies des pièces de la collection, vidéos, textes explicatifs, jeux. Toutes ces informations peuvent être actualisées en fonction du thème de l’exposition et ainsi enrichir la trame principale. De plus, cette table est accessible à plusieurs personnes à la fois, favorisant ainsi l’interaction entre les spectateurs et n’empêchant pas à chacun de se diriger où bon lui semble.

Une telle installation disposée à l’entrée de l’espace dédié aux expositions temporaires peut servir à tous les types de visiteurs comme les décrit Philip Hugues : l’expert qui souhaite explorer ses connaissances déjà riches et les approfondir par un accès à des informations pointues, le baroudeur plutôt mené par sa curiosité qui lui donne envie de faire de nouvelles découvertes par lui même, l’éclaireur qui souhaite poser des repères sur un sujet qu’il ne maîtrise pas, et enfin le néophyte qui n’est ni un habitué des expositions ni du thème de celle qu’il visite et qui a donc besoin d’informations claires et accessibles. Les enfants et adolescents ne sont pas oubliés et sont sollicités comme acteur de cette frise chronologique au même titre que les adultes. Proposée en introduction ou en préambule à la visite, la table interactive intègre rapidement le visiteur au sein du musée et l’implique dans son histoire, puisqu’il en est à la fois acteur en éveillant la frise, et récepteur du savoir qui lui est transmis par ce biais. Ce travail opéré sur l’espace installe donc physiquement le visiteur et favorise la circulation du sens et des informations propres aux thématiques véhiculées par la notion de santé.

02- Plus qu’un musée, un noeud de diffusion du savoir

Pourtant, si la santé est un thème qui traverse les siècles, la société dans laquelle va émerger le musée de l’Hôtel-Dieu est celle où tout va de plus en plus vite, depuis la consommation jusqu’au progrès technique et scientifique qui, en un siècle, a avancé à pas de géants. L’idéal du mouvement perpétuel semble presque atteint tant rien ne semble être à l’arrêt. Les visiteurs s’apparentent ainsi, en miroir de cela, à des consommateurs toujours avides de nouvelles expériences, de nouvelles découvertes et de nouvelles propositions.

La Cité des sciences de la Villette à Paris a su s’adapter à cette demande du public en concevant un projet qui, depuis 1986 a su attirer plus de 3 millions de visiteurs par an. En effet, les thèmes scientifiques exposés sont toujours mis en relation avec des grands thèmes de société. Elle propose des exemples à réinterpréter dans le cadre d’un musée de la santé, comme en 2002-2003 lors de l’exposition « Le cerveau intime »[2] où le commissaire Marc Jeannerod, professeur à l’Université Claude Bernard Lyon I et directeur de l’Institut des sciences cognitives proposait à chacun de se découvrir soi-même au travers de la découverte du fonctionnement du cerveau grâce à une scénographie sensorielle qui convoquait l’expérience personnelle du visiteur.

Le musée de l’Hôtel Dieu, par sa vocation technique et scientifique, peut tout à fait s’inventer comme un laboratoire, comme la chambre d’incubation d’expositions à même de rivaliser avec celles de la Cité de la Villette, tournées uniquement vers le patrimoine de la santé. Il deviendrait ainsi le lieu propice à l’expérimentation de techniques nouvelles, non plus tournées vers le progrès médical comme auparavant, mais dévolues à la transmission d’un savoir minutieusement établi à travers les siècles. Ces expositions pourraient tour à tour répondre au mieux aux exigences de présentation des objets, quel que soit leur type ou leur usage. Plutôt que d’être figé dans un décor qui ne bougerait plus, ce système permet de privilégier des évocations, des ambiances, qui refonderaient l’Hôtel Dieu en ce lieu de vie qu’il a si longtemps été et répondraient à la vocation des objets qu’il a vu s’animer. En outre, le message apporté par l’Hôtel Dieu au long des siècles est riche, et peut être difficilement transmissible d’un seul bloc, alors qu’il devient accessible et trouve un écho en chacun des Lyonnais et autres visiteurs si on permet à toutes les voix qui l’ont fait parler de s’exprimer, chacune comme elle le mérite.

Ces voix doivent également trouver leur  place dans une organisation qui fait vivre le musée n dehors de ses portes, et même lorsqu’elles sont fermées et que se déroule la préparation d’une nouvelle exposition. En assurant la visite virtuelle de la collection et en créant des mini-sites internet pour présenter les manifestations à venir, mais aussi en prévoyant des rencontres, des colloques, des débats, des réunions d’information, des campagnes de publicité qui poseraient seulement une question dont les réponses seraient données à l’occasion de ces moments, le musée s’assure une vie active et attractive tant pour les professionnels de la santé que pour les simples citoyens. Chaque thème d’exposition devient ainsi le fil conducteur d’un réseau de manifestations, avant, pendant et après qu’elle se soit déroulée, grâce au centre de conventions et à l’auditorium voulus par le projet Eiffage-Constantin, mais également en privilégiant les visites des scolaires et l’accès à un centre de documentation susceptible d’attirer autant les étudiants, les spécialistes que les curieux. Le musée devient dès lors plus qu’un espace d’exposition et de conservation du patrimoine : il participe à un véritable projet à grande échelle autour de la santé, replaçant Lyon dans la droite lignée de son héritage historique.


Bibliographie

  • Hugue Philip, Scénographie d’exposition, Editions Eyrolles, Paris, 2010
  • Merleau-Ponty Claire et Ezrati Jean-Jacques, L’exposition, théorie et pratique, L’Harmattan, collection Patrimoines et Sociétés, Paris, 2005

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