Publié par : m2museologie | 01/11/2010

L’isolation comme présentation originale

Après la visite de plusieurs collections telle que le musée des HCL, le musée d’anatomie, la collection de radiologie, le musée de l’histoire de la médecine et de la pharmacie, Raphaëlle et moi même avons choisi de nous pencher longuement sur la question du mode d’exposition/scénographie en nous inspirant d’ oeuvres d’artistes contemporains. En effet nous avons constaté que le travail Scénographique avait été un peu délaissé dans les différentes collections que l’on avaient eu la chance de voir.

Il est impensable de ne pas soigner cet aspect très important du milieu muséal et c’est donc après ce douloureux constat que nous nous sommes lancé à corps perdu dans cette mission de « sauvetage ».

Nous allons donc vous exposer deux concepts de présentation qui nous semble adéquat a certains des objets & œuvres qui constituerons la collection du futur musée de la santé : l’accumulation & l’isolation.

Étant donné la quantité d’informations existantes sur ces deux modes de présentations nous nous sommes partagé la tache sur cette partie là de nos recherches. Raphaëlle traitera de l’accumulation et je traiterai de l’isolation.

Par cet article je souhaiterais vous éclairer sur le but recherché par cette méthode d’exposition en vous expliquant les raisons d’un tel choix ainsi que la finalité donné. Je vous expliquerai également le processus suivi et j’essayerai d’agrémenter ce texte par des exemples précis.

Le concept d’isolation

Du latin insula.

Qui est séparé de choses de même nature ou d’une autre nature.

Rare, unique, qui ne se répète pas.

Seul, solitaire, sans relations.

Comme son nom l’indique ce procédé a pour but de mettre l’objet à part, de le mettre en valeur à la vue du spectateur. Pour plus d’impact et de crédibilité il est préférable que l’objet soit unique, particulier, qu’il est une histoire chargée et/ou une plasticité forte. L’isolation permet de mettre en exergue ses qualités afin que le regard se focalise sur celui-ci. Qu’il y ait la possibilité de tourner autour, telle une ronde-bosse (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ronde-bosse) afin de découvrir l’objet dans sa totalité, prendre la mesure de son volume. L’objet devient en quelque sorte sacralisé.

Le concept de l’isolation a pour but de pousser le spectateur à découvrir un objet/œuvre dans ses moindres détails. Dans la plupart des cas ce sont des pièces « phares » , et souvent les plus complexes. Le spectateur doit alors évoluer dans un espace vidé de toute interférences entre lui et la pièce afin que sa réflexion et que son appréciation visuelle ne soit pas troublée.

Le Baquet de Mesmer que nous avons pu découvrir au HCL constitue le plus bel exemple. C’est une pièce quasiment unique chargé d’histoire car elle serait (selon les dires) l’ancêtre du divan de Freud et possèderait des vertus magnétisantes.

Quand il est question d’unicité, nous pouvons très bien nous référer au texte de Walter Benjamin qui nous explique la perte de « l’aura » de l’objet / l’oeuvre par la multipliant des exemplaires. Effectivement un Objet unique sera forcément doté d’une aura plus forte qu’un objet produit en masse. La rareté ainsi que l’unicité lui octroi une importance majeure et de ce fait notre choix d’utiliser l’isolation dans la scénographie du futur musée est justifié.

Le moyen d’isolation utilisé par Joseph Kosuth conviendrait parfaitement à des objets des collections des HCL tel que le baquet ou encore la seringue, objets ayant une aura particulière et qu’il faut sans aucun doute présenter avec précaution. En 1965, dans son œuvre One and Three chairs, Joseph Kosuth isole une simple chaise et lui donne une puissante attraction grâce a cette mise en scène que l’on pourrait nous même utiliser.

En effet ce procédé d’exposition isole parfaitement l’objet ce qui lui permet de canaliser toute l’attention du regardeur. Un objet réel, la seringue de Pravaz ou le baquet, serai choisi parmi des objets singuliers. Il serait placé contre une cimaise, entre sa photographie, son image reproduite par un procédé mécanique et sa définition, son historique…

L’ensemble est la triple représentation d’une même chose sans qu’il y ait une répétition formelle, le cas échéant cela devient de l’accumulation. Ce qui est multiplié d’une partie à l’autre de l’œuvre, ce n’est pas la l’objet réel, encore trop particulier malgré sa neutralité, ni la photographie qui ne représente que son image du point de vue du spectateur, ni enfin sa définition qui envisage tous les cas répertoriés de l’emploi du mot  mais néglige de fait celui de l’objet réel et de son image. Il s’agit dans les trois cas d’un degré distinct de la réalité de l’objet. Tous trois désignent, par leur association, un quatrième objet, idéal et invisible dont le concept se trouve ainsi suggéré, bien plus que défini. Là où défaille l’objet, intervient l’image, et là où celle-ci à son tour défaille, apparaît le langage, lui-même insuffisant mais déjà relayé par l’objet.

Cependant, un choix sera surement nécessaire quand aux objets à présenter de cette manière car ce type de présentation nécessite une place conséquente que l’objet soit petit ou grand.


L’œuvre de Richard Serra au musée Guggenheim à Bilbao occupe une grande partie du musée, elle est isolée par rapport au reste des oeuvres pour que le spectateur soit imbibé de cet œuvre. Certain travaux, comme celui-ci nécessite ce genre de présentation pour être compris et avoir un impact sur les gens.

J’ai longuement réfléchi avant de me permettre de dire que l’on était vraiment assez proche du travail de Duchamp. En effet le fait d’isoler un objet, de le sortir de son contexte initial pour le présenter à la manière d’oeuvre d’art est un peu le maitre mot de ce dernier.

Le ready-made (mot anglais) est un objet trouvé considéré comme un objet d’art. L’attitude du ready-made consiste, initialement, à simplement choisir un objet manufacturé et le désigner ou le présenter tel une œuvre d’art. Initiée par Marcel Duchamp, cette démarche a donné naissance à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu’elles s’en réclament ou s’en défendent. Ce concept a remis en question un certain nombre de certitudes sur lesquelles reposait l’art, comme les notions de virtuosité et de savoir-faire ou encore d’œuvre, conçue désormais comme résultante de l’exposition et l’acte de nommer.

Effectivement, les ready-made sont des œuvres d’art qui n’ont pas été réalisées par l’artiste, ce dernier n’intervient en effet que pour les sélectionner, changer leur contexte et leur statut par la désignation (l’affirmation « ceci est une œuvre d’art », entonnée par Marcel Duchamp faisant dès lors acte de redéfinition).

Ne trouvez vous pas Qu’il y ait un point commun avec nos objets médicaux? Les objets que nous souhaiterions présenter dans notre parcours n’ont pas été réalisés par des artistes mais par des industriels, artisans et autres. Cependant nous chercherons, grâce à notre scénographie et mode d’exposition, à leurs donner le statut d’œuvre d’art comme il en est question avec le concept de Duchamp.


 

 

 

 

 

 

 

Une rétrospective du travail de Féliz Gonzalez Torres en 2010 au centre d’art Wiels à Bruxelles, a particulièrement soigné la scénographie dans le but de découvrir peu d’oeuvres et avec chacune occupant un espace unique et éloigné des autres afin de découvrir les travaux un à un pour mettre en évidence leur qualité plastique et obtenir une appréciation des oeuvres plus forte que si elles avaient été accolées.

 

 

 

 

 

 

Dans l’exposition de Xavier Veilhan au château de Versailles, celui-ci présente la sculpture “la femme nue” en bronze, mesurant 80cm et placée sur une cimaise.

(voir site consacré à l’exposition : http://veilhan-versailles.com , les images montrent mieux l’installation)

L’artiste a complétement isolé l’oeuvre, dans un premier temps en faisant le choix de mettre cette sculpture sur une cimaise et dans un deuxième temps en la plaçant loin de tout par rapport aux autres oeuvres sur le lieu d’exposition. Ainsi elle est complètement à part, dans le but de souligner son unicité. Le visiteur a ainsi le loisir d’appréhendé le volume dans sa totalité sans être “parasité”.

Dans “Flying Tape”, Zilvinas Kempinas a écarté son travail car l’isolement est ici primordial pour le bon fonctionnement de son oeuvre. Une salle fermé et vide sont obligatoire. La bande audio ne doit pas croiser d’obstacle a part les murs de la salle.


Guiseppe Penone s’appuie aussi sur l’unicité de l’œuvre. Une Œuvre spontané, qui ne peux être reproduite, souvent faite pour un espace précis et isolé du reste. (En art contemporain, in situ , désigne une méthode artistique ou une œuvre qui prend en compte le lieu où elle est installée)

Je pense maintenant que le plus important sera le choix des objets a présenter avec ce mode d’exposition. Bien entendu le Baquet & la seringue en feront partie mais il faudra réfléchir sur le reste. Les objets isolés doivent impérativement être très riche plastiquement et « parler au spectateur » car le but et de créer une relation profonde entre eux deux.

Ce choix de montrer l’objet d’une telle manière n’est pas anodin : Premièrement c’est mettre en valeur un objet quasi unique et deuxièmement c’est permettre au spectateur une approche sensorielle avec l’objet. De ce fait, il faut réserver ce mode de présentation aux objets les plus complexe…Laisser le spectateur découvrir l’œuvre par lui même, déambuler autour, comprendre la fabrication, se questionner, évaluer l’échelle.

Néanmoins, pour lui faciliter la compréhension, pour créer cette relation œuvre / spectateur, il est nécessaire de confectionner un espace d’intimité et donc d’éliminer tout ce qui n’est pas partie intégrante de l’œuvre.

 

Bibliographie

 

Œuvre d’art au temps de ses techniques de reproductions, Walter Benjamin

Qu’est-ce que l’art moderne ? ,Denys riout

http://www.wikipedia.fr/

G. Celant, Arte Povera, Mazzotta, Milan 1969

« A propos des ready made » Marcel Duchamp (1966)

 

Benoit

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