Publié par : m2museologie | 29/09/2010

Vers une théâtralisation d’un musée de la santé (ébauche)

La scénographie et la sonorisation d’un musée de la santé (quelques réflexions non abouties)

 

Première partie : Le musée d’histoire de la médecine et de la pharmacie de Lyon.

Il s’agit peut être de faire quelques remarques venant d’un oeil naïf, c’est à dire de parler d’une expérience de sensations et non intellectuelle (pour reprendre la distinction de M.Carbone du cours de mardi). C’est à dire, d’essayer de comprendre quelle serait la meilleure manière de présenter ce qui, à premier égard, ne relève pas d’une oeuvre artistique, mais est plutôt de l’ordre d’un objet qui a une fonction et un usage qui lui est propre, qui plus est, un usage en rapport direct ou non avec le corps humain. René Mornex note à la page 5 “Le corps humain, axe central du projet, est le point de départ pour découvrir un panorama des maladies”.
Deux questions alors : comment mettre en scène un corps malade et puis tout d’abord, quel corps? Un corps plastifié? Un moulage? Un mannequin?. J’ai donc essayé de prendre en photos les représentations du corps humain qui étaient présentes au musée d’histoire de la médecine :

Et puis, deuxième question, comment mettre en scène l’énorme collection d’outils chirurgicaux qu’on a pu voir?

Ces deux questions peuvent paraître aporétiques puisque nous ne sommes sans doute pas les premiers à nous poser la question de la mise en scène des objets médicaux dans un musée et la solution qui semble avoir été privilégiée, est le “sous verre” soutenu de près par le rassemblement par catégorie.
“Musée à usage pédagogique” donc pas esthétique a priori. Néanmoins, on ne souhaite pas les rendre beau, mais tout simplement accessible selon un point de vue qui serait plus intéressant en fonction du lieu d’exposition et de l’objet.
Il y avait une impression de « lèche vitrine », puisque chaque objet est plus ou moins soigneusement rangé mais pas mis en scène. Chaque chose a sa place mais peut être pas celle qui la met le plus en valeur. En tout cas, ce musée est trop petit pour que chaque chose y prenne place.

Deuxième partie : l’Hôtel-Dieu

Un lieu fantomatique. C’est en tout cas la première impression que l’on a lorsqu’on entre. Avec plusieurs entrées, presque toutes condamnées, de telle sorte qu’il est difficile de se douter qu’il reste encore un peu de vie là dedans. Pour seuls vrais habitants : les quelques personnes s’occupant de l’accueil, des agents de la mairie qui vident les lieux, et cette suite presque interminables de numéros de salle, et de lettres qui défilent lorsqu’on marche sous les porches. Tout donne le sentiment du vide, et de la fin, ce qui ne manque pas d’effrayer la perte d’un monument aussi important historiquement pour être transformé en hôtel de luxe. C’est l’une des questions qu’on peut se poser (ou alors je n’ai pas encore compris le projet) : comment est-il possible que cohabitent ensemble un hôtel de luxe, Dior et un musée de la santé?

Il semble important de remarquer l’agencement des salles, et de la configuration de l’exposition bien que le visiteur est libre de circuler dans le sens qu’il veut. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être seule dans le musée lors de ma visite, en portant toujours ce sentiment fantomatique auquel l’acoustique de lieu apporte beaucoup, puisque chaque son est amplifié. Les mannequins qui sont posés par-ci par là m’ont surpris, et je suis contente que le mannequin qui portait “le costume de médecin de la peste” était sous verre et bien visible dès le début puisque j’aurais sans doute crié. J’ai toutefois été déçue de voir que la soeur hospitalière n’était en fait qu’un mannequin de magasin…

Une idée de mise en scène :

Dans le grand hall de l’entrée au musée, se trouve la tour d’abandon de l’hôpital et il est inscrit sur la fiche l’accompagnant : “La scène : 1802, la tour d’abandon de l’hôpital de la Charité. L’enfant abandonné. Dans le silence de la nuit tombée, la soeur hospitalière entend le bruit du tourniquet qui actionne la tour, le tintement de la cloche, et les bruits de pas de la mère qui s’enfuit désespérée” . Et on a envie d’entendre ce son ! Et puis les bruits de pas aussi ! Peut être est-ce une piste …
“L’enjeu d’ordre national sur tout ce qui touche à la vie même des hommes et des femmes nécessite la mise en place d’un Musée de la Santé, c’est à dire manifestant une dimension sociale marquée” (p. 33 – René Mornex).
Volonté de rendre ce lieu aussi intriguant qu’il l’est aujourd’hui et tel qu’il était surtout auparavant dans le cadre de l’idée d’un musée de la santé et qui serait « interactif », culturel, pédagogique, ouvert et accessible à tous.

Deux énigmes dans l’exposition :

La télévision à côté du lit pour quatre malades?
Le crocodile suspendu au plafond dans la salle 4?

 

Troisième partie

Le musée comme médium

“Certaines taxinomies et scénographies muséographiques possèdent des qualités esthétiques comparables à la pratique artistique, et qui peuvent même l’influencer”

(à propos du musée) “(…) j’ai foi dans la continuation de son rôle traditionnel en tant qu’institution philosophique, lieu de stimulation et d’inspiration, miroir du passé, du présent et de l’avenir”

(Le musée à l’oeuvre – Le musée comme médium dans l’art contemporain, James Putnam, éd. Thames & Hudson, p.7).

Représentation au sein du musée comme médium et comme acteur

Suite au commentaire de M.Mossière concernant mon premier article, un mot a particulièrement retenu mon attention, c’est le mot de “représentation”.
Je me suis posée la question de savoir si le projet Hotel-Dieu ne comportait pas aussi, mise à part l’idée de rassemblement des collections lyonnaises en un musée de la santé, une exigence, tout aussi importante, de mettre en avant un lieu emblématique et cher aux lyonnais? Quelle symbolique possède ce lieu et comment le faire ressentir/percevoir ou au mieux le représenter? Comment faire revivre cet hôpital, lieu d’enseignement, de soin? Il m’a semblé important de se poser cette question, pour éviter de faire de ce lieu un “futoroscope de la santé” en privilégiant à outrance l’attractivité du musée, sans doute en dépit de l’importance symbolique du lieu, dont les 2/3 se transformeront en hôtel luxueux et magasins, mais il s’agit plutôt de réfléchir à la muséographie, à la scénographie du futur musée, sans vouloir transformer ce dernier en théâtre, mais tenter de comprendre comment une machine IRM doit être représentée dans un lieu où elle a déjà eu une utilité pratique. Comment concevoir la superposition d’une institution muséale, qui a pour rôle de conserver, de présenter et aussi de représenter une histoire de la vie, dans un lieu au sein duquel, la vie a été présente? Je souhaite retenir l’attention sur l’histoire du lieu en corrélation avec les objets qui y seront exposés. Cette idée de la mémoire du lieu lui même mis en parallèle avec l’importance de conservation du passé médical de Lyon, nous renvoie à une proposition de nom lié au lieu lui-même : “Le Dôme de la santé”.

L’importance de la présence corporelle : différentes propositions

Est-ce qu’un objet est susceptible de représenter la santé, la médecine à lui tout seul? Le corps y a toute son importance, d’autant plus que c’est un corps humain qui visite un “musée de la santé”, il faudrait aussi songer à rendre cette visite “interactive” de plusieurs manières :

  • les vitrines sont nécessaires pour certaines pièces, mais elles sont aussi dérangeantes puisque le visiteur est voyeur mais il faut avoir envie d’être voyeur et c’est pour cette raison qu’il faut les rendre interactives en priorité grâce aux casques audio à côté des vitrines où l’on écouterait les explications de M.Renaud, M.Prieur etc.

“Utilisation de la vitrine dans le domaine de la science, de la médecine est liée à la nécessité de conserver un spécimen dans un état figé, suspendre le temps, l’immobiliser”

(Le musée à l’oeuvre – Le musée comme médium dans l’art contemporain, James Putnam, éd. Thames & Hudson, p.17).

  • étant donné qu’un corps doit se sentir à l’aise,  il faudrait prévoir un dépose vêtements et pourquoi pas des chaises portables qu’on emmènerait avec soi et qu’on pourrait implanter là où on souhaite passer plus de temps, ou bien des déambulations en fauteuil roulant ou en lit d’hôpital
  • reconstitution du lieu d’origine (je pense notamment aux gravures qui sont exposés au musée hôtel dieu, représentant les parties détruites) par le moyen de projection (3D?) du lieu “tel quel”
  • une fois par mois, engager une troupe d’acteurs qui serait chargée de faire revivre le lieu, ils joueraient les médecins et les patients, le public, lui, aura un guide ou sera autonome. Il ne s’agit pas d’un spectacle avec un début et une fin, mais supposons pendant deux heures, ce lieu serait susceptible de revivre en cohérence avec ce qu’il était à une moment précis
  • faire intervenir des performances d’artistes contemporains en leur proposant une résidence au sein du lieu durant un temps donné et qui créeraient des pièces sonores, plastiques, au sein du lieu (encore une fois pour rendre le corps présent) (exemple : un musicien qui ferait une pièce électro-acoustique en s’inspirant à la fois de l’acoustique du lieu et du bruit qu’on aurait pu entendre à l’époque où ce lieu vivait)

Un musée de la santé oui, mais la conservation de la mémoire d’un lieu aussi emblématique est tout autant importante. La visite d’un musée est une forme déambulation, et c’est sans doute la grande importance de la collection qui sera présentée à l’Hôtel-Dieu, qui risque de faire perdre le visiteur, qui a besoin d’un guide. Néanmoins, pour rendre la visite possible en autonomie, il faudrait concevoir un parcours chronologique/ thématique/ fléché?

Quant à l’idée de concevoir “des séquences de représentation des objets par période (au printemps : la chirurgie cardiaque. En automne, l’affection pulmonaire, en hiver l’ophtalmologie etc….), ce qui sous entend qu’on aurait à disposition comme dans les cintres d’un théâtre des « scènes » toutes prêtes à mettre sous l’oeil du public….. “ il me semble que celà rendrait la visite plus complète et vivante. De ce fait, ce musée sera à visiter non seulement une fois, mais à revisiter encore à chaque saison, comme un peu ces livres de philosophie qu’on aime tant parce qu’ils ont une table des matières, où ces romans où on peut lire les nouvelles indépendamment les unes des autres.

Quelques exemples

Louise Lawler Zeus and David (1984) « Dans les sous-sols et les réserves de musée, certaines oeuvres se retrouvent dans des situations incongrues. Louise Lawler fait partie de ces artistes capables de restituer toute l’ironie de ces scènes dans des photographies soigneusement cadrées »

(Le musée à l’oeuvre – Le musée comme médium dans l’art contemporain, James Putnam, éd. Thames & Hudson, p.30).

=> suite aux nombreuses visites comme les hospices civils de Lyon, ou bien le musée de paléontologie, où nous avons vus une certaine forme de mise en scène, non volontaire, qui était tout aussi intéressante puisqu’elle n’était pas destinée à être vue, mais elle a tout aussi bien attiré notre attention par son existence dissimulée et réservée à la vue de quelques uns, et sans doute que ces réserves pourraient être présentes au sein de la collection à travers la photographie?

Peter Greenaway The Physical Self

« Installation présentée dans le cadre de l’exposition éponyme au Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, 1991

Invité en tant que curateur du musée, Greenaway a choisit d’organiser cette exposition autour du thème du corps humain, de la naissance et de la vieillesse. A côté des objets d’arts appartenant au musée, plusieurs vitrines renfermaient des modèles nus – debout, assis ou allongés, adoptant des poses d’atelier traditionnelles. »

Ce que je trouvais intéressant ici, c’est le questionnement proposée par l’artiste, et qui justifierait la présence d’oeuvres d’art contemporaines en ce qu’elles posent des questions éthiques/philosophiques et qui ne font pas matériellement partie de l’histoire de la médecine, mais qui subsistent en tant que trace et mémoire de la conception du corps au fil du temps.

Allan McCollumLost Objects

« Installation, Carnegie Museum of Art, Pittsburgh, 1991

McCollum a utilisé des moulages d’os de dinosaures appartenant à la collection du Carnegie Museum of Natural History pour créer cette vaste installation horizontale, réflexion sur les systèmes taxinomiques ainsi que sur l’utilisation, dans les musées, de copies et de répliques se substituant à un spécimen absent ou « perdu ». Les moulages des fossiles contrastent de manière étonnante avec ceux des sculptures classiques et des frises architecturales exposés dans la galerie supérieure »


Claudio Costa Museum of Man (1974)

Après avoir effectué des recherches approfondies dans les musées, réalisé des dessins et des moulages de spécimens réels, et les avoir combiné aux traits de son propre visage, Costa créé des répliques réalistes des ancêtres de l’homme moderne en modifiant des moulages de sa propre tête et de ses membres, inversant ainsi le cycle de l’évolution. Il présenta son « musée anthropologique » dans une vitrine ayant servi à un marchand de pâtes »
Mark Dion Cabinet of curiosites for the Wexner Center for the Arts (1997)

En raison de ses liens avec l’université de l’Ohio, la collection du Wexner Center est rigoureusement subdivisée en plusieurs sections universitaires spécialisées. Fonctionnant comme un musée dans le musée, cette installation remet en cause le cloisonnement des disciplines et encourage une interaction du naturel et de l’artificiel dans l’esprit aristotélicien du cabinet de curiosités. Le spectateur est tenu à distance des étagères disposées en demi-cercle au moyen d’une rambarde de protection qui suggère l’existence d’une barrière intellectuelle entre les diverses matières universitaires »

Ann Hamilton/ Kathryn ClarkView (1991)

Installation, Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington.

« Ces panneaux de cire translucides sur lesquels étaient inscrits les noms d’espèces animales et végétales disparues étaient posés sur les fenêtres du musée. Ils utilisaient l’interaction visuelle de l’intérieur et de l’extérieur du bâtiment pour montrer tout l’ironie qu’il y a, en tant qu’être humain, à vouloir collectionner et conserver des spécimens naturels inanimés dans un musée alors que l’on participe à la destruction du monde vivant hors de ces murs »

La mise en scène que j’ai souhaité mettre en avant avec ces exemples, est celle qui ne présente pas simplement des objets avec leurs étiquettes, mais en tant qu’elle questionne l’utilisation de l’objet.
S’interroger sur toutes ces façons de collectionner des choses, parfois inconscientes, ou du moins pas si réfléchies que dans un musée qui se veut “neutre” et c’est en ce sens qu’elles peuvent être pleines de sens (on peut notamment faire référence à la collection Renaud du musée de l’histoire de la médecine et de la pharmacie à l’Université Lyon 1).

Comme par exemple sur cette photographie, le crâne est représenté dans du sable. Peut-être n’y a-t-il pas véritablement de quoi en faire toute une histoire, néanmoins, il est intéressant de remarquer comment ce que Walter Benjamin appelle « Sammeltrieb », c’est à dire un besoin primaire de collection, que nous pouvons tous éprouver et que nous exerçons, et desquels il y aurait peut être une certaine logique à en tirer. W.Benjamin définit l’art de collectionner comme étant « une forme de ressouvenir pratique ». (Walter Benjamin, Paris, capitale du 19ème siècle : le livre des passages, Cerf, Paris, 1989, p.229)

Daniel SpoerriTableau-piège (1972)

« Au début des années 1960, Daniel Spoerri commença une série de tableaux-pièges qui figeaient dans le temps des regroupements aléatoires d’objets. Chacun de ces assemblages – vaisselle et couverts, plats et restes de repas fixés sur un plateau de table – était accroché au mur comme un tableau »

 

 

 

 

 

L’exposition à l’oeuvre” – Jean Davallon, éd. L’Harmattan, 1999 / p.257

mettre le projecteur sur le public et ses besoins nous fait revenir sur la définition de la mission et le rôle des institutions muséales de culture scientifique: cet élargissement s’inscrit ainsi dans le sens, de plus en plus marqué aujourd’hui, d’un abord de la science comme fait sociétal. Ce phénomène est probablement à rapprocher avec le fait, observable par ailleurs, selon lequel plus le savoir scientifique touche à des sujets à forte implication sociale (environnement, nucléaire, santé etc.), plus le public attend de la part du musée une information fiable qui lui permette de se forger une opinion

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Responses

  1. Edina, si cette piste vous convient, axez votre réflexion sur ce domaine : actes de théâtralisation d’un musée de la Santé. Observez les exemples qui existent ds ceux que ns avons visité, visitez les à nouveau, et dégagez de cela ce qui vous parait utile, nécessaire, indispensable (?), ou plus simplement inutile, et pourquoi. Ensuite, tentez de donner des principes de théâtralisation appliqués à ce type de collection (regard, son…) qui pourraient trouver leur place dans le futur MdlS. Peut-on envisager comme ds la théâtralisation des points de vente, des séquences de représentation des objets par période (au printemps : la chirurgie cardiaque. En automne, l’affection pulmonaire, en hiver l’ophtalmologie etc….), ce qui sous entend qu’on aurait à disposition comme dans les cintres d’un théâtre des « scènes » toutes prêtes à mettre sous l’oeil du public…..

  2. 12-Edina
    Poursuivrez l’interrogation entre l’HD et la création à l’intérieur de l’HD d’un MdlS. C’est une question centrale de laquelle découle un certains nombre d’observations possibles. Et poursuivez votre interrogation sur la théâtralisation d’un MdlS. Dès aujourd’hui je mettrai en catégorie JC, le brouillon-texte d’introduction de notre cahier d’articles : il y a un début d’interrogation sur le contenu-contenant… Ns en verrons plus en matière d’anatomie mercredi avec JC N au Musée d’anatomie, mais la prise de possession de l’espace du MdlS avec une rotonde d’anatomie me semble une piste intéressante à suivre…


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