Publié par : m2museologie | 29/09/2010

Varia

 

Quelques remarques sur nos tables rondes :

Sur le nom :

Il n’y a pas de définition positive de la santé. Les normes ne sont en effet que statistiques et la santé ne peut être que déterminée que négativement « non malade », « vie dans le silence des organes » (prof René Leriche).

En cela il est difficile de trouver dans ce terme la détermination nécessaire à un musée.

Sans compter que le terme est lui-même vague ou du moins inadapté à la spécification médicale de notre musée… à moins de vouloir exposer le « manger équilibré », le « dormir suffisamment », le « n’ayez pas une copine qui vous casse les pieds » (ou « feng shui ») ou encore « le soignez vos verrues grâce à la diététique taôiste ».

Ne pas oublier qu’une tripotée de mystiques hippies se réclame de la santé pourrait théoriquement prendre place dans un musée de la santé.

De plus il faudrait préciser que nous traitons là de la médecine occidentale. Certes je ne dénigrerais pas la naturopathie ni les plantes chinoises ; avaler un comprimé de pénicilline ou un fourgon de champignons sec a le même effet à une chiasse près, mais nous avons la chimie c’est un fait.

Pour ce qui est du mot « musée » : 

Les défauts du musée (hors-temps mortifère, fixité indifférenciée, absence de devenir) sont inhérents à l’exposition et à la représentation : changer de nom n’y changerait rien.

Sur l’exposition :

Système vs taxinomie

Pas de taxinomie : une fois que l’on a distingué les animaux qui appartiennent à l’empereur  et les animaux qui dépendent de la forêt on est bien avancé…

La typologie qui est une taxinomie isole et fragmente.

Ne pas négliger notre situation spécifique : nous n’avons pas à traiter comme un musée des beaux arts de propositions divergentes mêlant les scènes de genre à la mythologie, Bruegel à  Monet, mais du corps humain qui est avant tout un organisme. Or un organisme est par définition un système où partie et tout sont en rapport réciproque. Nos objets trouvent leur raison d’être et leur lien dans ce système, certes de manière téléologique.

Si donner une ampleur holistique à des objets de la technique, par définition analytique, est une gageure, elle est néanmoins une problématique permettant de travailler.

Dans cette veine, se garder de présenter les objets comme des résultats (figé et isolés). C’est aussi vain que la connaissance du théorème de Thalès sans le savoir de la démonstration qui y conduit. Il convient de comprendre les objets, pas de simplement voir qu’ils existent.

Bien distinguer en cela savoir et érudition dans les enjeux motivant ce musée.

Ca savoir est aussi un savoir-faire sans lequel aucune compréhension des objets n’est possible (ce que l’on pourrait appeler vie de l’objet ?)

Ca savoir faire est celui d’un métier, ce qui amène, par la dimension compagnonnique de la médecine, à jouer entre les notions de science et de tradition.

Sur le musée (ce qui peut faire un sujet d’article):

Effectivement le hors temps sans devenir et incorruptible, l’espace délimité des musées a toute la semblance du sacré. D’ailleurs il convient de se demander si ce besoin de muséification de l’histoire qui revient à une sacralisation (avec d’ailleurs les attributs du fanatisme) et donc à une divinisation du fait humain ne s’est pas bâtit en chiasme avec l’annonce de la mort de Dieu (c’est-à-dire son incarnation) qui façonna l’occident :

« La conscience malheureuse est le destin tragique de la certitude de soi même censé être en soi et pour soi. Elle est la conscience de la perte de toute essentialité dans cette certitude de soi et de la perte précisément de ce savoir de soi : de la substance comme du soi-même ; elle est la douleur qui s’exprime dans la dure formule selon laquelle Dieu est mort.

Dans le statut juridique, le monde du souci des bonnes mœurs et de la coutume et la religion qui lui est propre se sont donc enfoncés dans la conscience comique et la conscience malheureuse est le savoir de cette perte toute entière. […] La confiance dans les lois éternelles des dieux s’est tue, tout aussi bien que les oracles qui faisaient savoir le particulier.  Les statues sont maintenant des cadavres dont a fui l’âme vivifiante, de même que l’hymne n’est plus qu’une suite de mots dont toute croyance s’est enfuie. Les tables des banquets des dieux sont vides de breuvages et de nourritures spirituelles… [les œuvres des muses] sont désormais ce qu’elles sont pour nous, de beaux fruits arrachés de l’arbre, un destin amical nous en a fait l’offrande à la manière dont une jeune fille nous présente ces fruits ; il n’y a ni la vie effective de leur existence, ni l’arbre qui les a portés, ni la terre, ni les éléments qui ont constitué leur substance, ni le climat qui a défini leur déterminité, ni encore l’alternance des saisons qui dominaient le processus de leur devenir. -Ainsi donc, le destin ne nous donne pas en même temps que ces œuvres le monde de cet art. » Hegel, Phénoménologie de l’esprit, p. 702.

Motion personnelle pour le contenu du musée :

Réhabilitation d’Alexis Carrel. Non seulement parce que l’histoire ne se joue pas entre une fête de l’huma et une signature de Klarsfeld, mais surtout parce que l’histoire n’est pas jugeable dans les termes moraux invoqués. Le contexte des années 1930, l’épistémologie médicale dans l’héritage de Malthus et de l’hygiénisme, ne font de Carrel qu’un produit de la science de son époque. Or nous devons prendre acte de l’histoire de la médecine talis qualis. Nous nous mêlons de science et pas de morale, le bergsonisme de Carrel paraît dans cette optique bien plus condamnable.

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Responses

  1. Aurélien, sur l’article que vs soumettez. Non, c’est un domaine qui a d’une part été particulièrement exploré, et trop général pour notre cas et notre visée (le MdlS dans l’HD). Vs pouvez alors explorer le présence du sacré ds l’HD et ses références à l’intérieur des musées que ns avons visité, + ceux vs avez visité, et montrer ce que le sacré a apporté/contrarié ds le domaine de la Santé, et/ou soins des malades (personnes, puissance de conviction, harmonie…). Et n’oubliez pas la force de conviction de nos semblables quels qu’ils soient humbles ou savants, bref de ceux qui ont une Bonne Santé….. D’autre part, ce MdlS dans l’HD peut/doit-il présenter un chapitre de la gloire et de honte du médecin (C. Bernard vs A. Carrel ?). Je ne le crois pas en ces termes, mais de fait il est nécessaire de montrer ce qu’A. Carrel a apporté à la science médicale, et qu’elle était sa pensée puisqu’il a écrit…. La prose de LF Céline reste une oeuvre littéraire bien qu’écrite à Sigmaringen… La puissance de conviction au delà de l’horreur est perceptible ds l’opérette Le Verfügbar aux enfers, écrite par Germaine Tillion à Ravensbrück. Le destin de l’être humain et de son corps/esprit n’est pas une chose simple… Il faut le recentrer sur notre domaine…

  2. 11-Aurélien
    Il faut maintenant passer de la harangue métaphorique à la prose étayée, documentée, et connectée à notre sujet

    • Rome s’est faite aux rostres… mais vous aurez un article demain vers 9h30.


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