Publié par : m2museologie | 28/09/2010

Peut-on penser la santé ? Comment penser la santé au XIXe-XXe siècle français et la mettre en scène dans un Musée de la Santé ?

Avant de réfléchir à ce qu’on va exposer et comment, il faut voir quelles sont les problématiques en termes de réflexion et de muséologie.

En termes de réflexion la question essentielle qui se pose est peut-on penser la santé et comment la penser, tandis qu’en termes de muséologie, il faut penser le/au rapport entre le musée et les visiteurs, comment exposer les objets afin qu’ils deviennent un véritable moyen de communication entre les deux parties, le musée et l’audience.

La question principale qui se pose est : ce musée, est-il censé comprendre juste les collections qu’on a vues ou qu’on verra et alors, faudrait-il reconsidérer sa dénomination, puisque la santé comprend plusieurs éléments (pas uniquement la médecine), ou bien reste-t-il ouvert afin d’y incorporer aussi d’autres facettes de ce qu’on appelle et de ce qui est la santé ? Quelle serait la période présentée dans le futur musée

Qu’est-ce qu’on veut représenter dans le musée ? Quel est le but de ce musée ? Pourquoi le dénommer « Musée de la santé » ? Pourquoi la santé ? Qu’est-ce qu’on veut faire de ce musée ? On organise ce musée à partir de quoi (des collections qu’on détient, au sein du Musée d’Anatomie, musée de l’Hôtel-Dieu, le Musée d’Odontologie, …….) ? Comment va-t-on organiser le musée, les objets, selon quels critères, quelles typologies ? Quel est le message qu’on veut que le musée transmette ?

Qu’est-ce que la santé ?

La définition de l’Organisation Mondiale de la Santé nous la présente comme étant un état de parfait bonheur : La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité (http://www.who.int/about/definition/fr/print.html).

Je me permets de faire une courte digression pour essayer de comprendre quand même la définition dans le contexte historique où elle a été formulée (l’année 1946). Il faudrait aussi préciser qu’elle n’a pas été modifiée depuis. On ne peut pas juger cette formule sans considérer bien sûr les événements politiques de l’époque. C’est donc l’histoire qui vient à sa légitimation. A l’époque, on a à la fois la Deuxième Guerre Mondiale qui s’était achevée depuis une année, et la Guerre Froide qui venait de commencer. En même temps le monde devait se rétablir, ce qui était tantôt un besoin impératif pour l’esprit et le moral des humains, tantôt un impératif pour la stabilité et le pouvoir de l’état.

Néanmoins, quant à une explication exhaustive (dans le sens d’une formule qui comprend la santé dans sa totalité des sens et directions), la définition ci-dessus apparaît être très restrictive

Son caractère limitatif consiste, d’un côté, dans le fait qu’elle est montrée juste comme un concept positif (ce qui a été observé aussi par Elodie GIROUX, Après Canguilhem : définir la santé et la maladie, Paris, PUF, 2010), alors que la santé comprend aussi la pathologie, et d’un autre côté, elle y inclut en tant que condition de la santé l’aspect social (« l’état social »). Si on entend par « état social » le statut social de chacun, la richesse ou la pauvreté ou bien la classe sociale à laquelle ils appartiennent (bien que ceci renvoie également au niveau matériel), alors d’autant plus on a affaire à une restriction, pourrait-on dire, aussi du droit à la santé…. En 1822 Fabre d’Olivet publiait un livre intitulé De l’Etat Social de l’Homme ou Vues Philosophiques sur l’Histoire du Genre Humain, où par l’état social de l’homme l’auteur comprend le résultat final du processus de la vie elle-même, durant laquelle, l’homme s’est construit (Olivet ne donne pas une définition de cette notion, ce que j’ai écrit ci-dessus est plutôt une conclusion personnelle de son œuvre).

Aurait-on tort si on pensait la santé uniquement en termes médicaux ? D’autant plus serait-il erroné de la ‘penser’, de l’exposer juste par rapport à la médecine. Il faudrait élargir le spectre. En allant donc plus loin, je trouve approprié d’affirmer, qu’en fait, parler de la santé c’est parler d’un côté de la médecine, strictement, donc des savoirs, des techniques, des outils, des maladies, des bacilles, des malades, des médecins, des hôpitaux (donc des institutions), des diagnostiques, des traitements (et la liste peut bien continuer), mais d’un autre côté, des représentations, de la société, des mentalités, de la religion, de la beauté, de la laideur, du bonheur, du corps, du sport, des mœurs (et à nouveau, la liste peut continuer).

En vérité, le mot santé, revêt plusieurs sens ou bien il comprend une multitude de facettes. Quand on y pense, en surgissent : la médecine, la pharmacie, le personnel médical (les médecins, voire leurs spécialisations, les sœurs …., voire leur rapport à leurs patients), l’imagerie médicale, les facteurs[1] qui l’influencent d’une manière ou d’une autre (le savon, l’eau, la nourriture), les traitements, les médicaments, les lieux de santé (l’hôtel-dieu, l’hôpital moderne, les quarantaines, les cimetière pour la peste, pour la lèpre, pour les autres gens – le cimetière aussi peut constituer une preuve des idées qui géraient la société – les tueurs, ainsi que les suicidaires, étaient enterrés séparément des autres gens de la communauté puisqu’on considérait qu’ils avaient transgressé les lois de la société), les livres (témoignant d’un passé médical, les journaux, les registres médicaux), les technologies de la santé (??), les malades (patients ou pas, et ceci renvoie à la question du rôle de la médecine dans la société, comment était-elle vue, aperçue, reçue par les gens, s’ils y appelaient ou pas ….), les épidémies, le sport, la beauté, l’hygiène, la pharmacie….

La santé c’est aussi l’esprit, le psychique, l’âme (et ici je rebondis sur ce que M. Jacques Poisat nous a dit, lors de son intervention, qu’on parle aussi d’une santé du physique qui est toujours en relation directe avec l’âme et l’esprit, et j’y ajouterais que la santé physique dépend de celle de l’âme ; même si cela peut paraître bizarre, c’est quelque chose qui a été démontré par les scientifiques).

La santé (est tout ce que ceci peut inclure) a été depuis des siècles liée à la société (aux mœurs et aux mentalités) et il me semble impérativement nécessaire de faire le point sur cet aspect, pour qu’elle puisse être entendue proprement (et pour avoir une perspective correcte de son rôle au cours de l’histoire).

La santé et la médecine deviennent dans le 19e siècle, plus qu’auparavant, un problème social et un instrument de control social (à voir Foucault et la bio-politique) et pourrait-on dire, aussi national, puisqu’on est dans le siècle des nations, quand se sont formés les états nationaux et donc tout ce qui touchait, qui concernait les humains (la médecine, la santé) était vu par le prisme de l’état national en train de se construire.

De nos jours on peut aussi parler d’un control social auquel la médecine et la santé sont soumises, mais il prend, cette fois, une autre forme. Il s’agit plutôt de créer une idéologie d’endoctrinement (de la panique).

Le Musée de la Santé portera plutôt sur l’époque moderne (puisque la plupart des objets datent depuis le XIX e siècle), mais il devrait renvoyer (les gens, l’esprit de gens) à l’époque contemporaine. Il doit avoir une cohérence, une logique, une continuité, un discours, un discours logique et cohérent portant sur la santé de l’époque moderne, mais qui la relie en même temps au sens de la santé dans l’époque contemporaine, tout ce rapport ayant comme conséquence la mise du visiteur dans une perspective comparatiste. Le musée devient par conséquent un dispositif, qui représente d’après Berger et Luckmann, « la construction sociale de la réalité ». Un dispositif théâtral, sans doute. La médicine et la santé sont, dans les pays occidentaux, au cœur du projet de société, et le nouveau musée de la santé doit chercher à se positionner, c’est-à-dire à envisager un projet de société. Ainsi, l’objet muséal sort de son statut actuel et devient un symbole.


[1] On peut les regarder aussi d’une perspective sociale, donc comme des facteurs sociaux qui montrent une société stratifiée, qui montre un certain mode de penser d’une société (dans différentes époques).

 


 

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