Publié par : m2museologie | 26/09/2010

L’accumulation comme système de présentation

Le musée des Hospices Civils de Lyon et le musée de l’Histoire de la Médecine et de la Pharmacie ont un aspect cabinet de curiosité, magasin d’antiquité, « bric à brac » d’objets divers.

Ainsi, nous notons d’emblée l’intérêt et la richesse de ces collections.

D’une part, nous avons à faire à une importance numérique des éléments, et d’autre part, il y a une pertinence dans le contenu de ces différents médias.

De ce fait, s’offre à nous une collection très riche et éclectique mais qui souffre d’un manque d’organisation voir de classification.

Cependant, il ressort que certaines présentations, sous un aspect « désordonné » ou redondant, peuvent  contenir de grandes  qualités plastiques et ont la possibilité de mettre en évidence et en valeur certains objets.

Le Kunsthistorische Museum (musée des Beaux Arts) de Vienne en Autriche,  qui dispose d’une aile consacrée à la période Antique, nous présente une salle dont la scénographie toute particulière met en scène l’accumulation d’un nombre important de visages et de bustes disposés  sur des cimaises. (Cf photographie)

Salle Antiquité

Cette disposition permet au visiteur d’appréhender un ensemble mais aussi chaque visage un à un s’il le désire. Cet agencement laisse aussi le choix au spectateur de déambuler librement dans l’espace et n’a pas la contrainte d’une vitrine ou d’un parcours très délimité.(Cf  l’exposition « Crime et Châtiments » présentée au musée d’Orsay canalisait complètement le flot de spectateurs et créait un véritable circuit pour le visiteur laissant peu de liberté spatiale et offrant donc une appréciation des œuvres réduite.)

Des espaces comme ceux là permettent de casser la « linéarité » d’une exposition, de créer des zones uniques avec leur spécificité tout en entretenant toujours un lien fort avec l’exposition dans laquelle ils s’intègrent. Ces espaces sont des sortes de zones « libres » pour le visiteur.

C’est pourquoi il me semble que dans le futur musée de la santé, un parcours de déambulation régulier ponctué de présentations plus spécifiques, « hors normes », des espaces un peu excentrés amèneraient du dynamisme dans la présentation et relanceraient, en quelque sorte, l’intérêt du spectateur.

Les visages en cire montrant les maladies de peaux ou encore l’accumulation d’objets comme des pots en céramique pourraient être par exemple mis dans un espace spécifique afin de créer des ensembles plus inattendus. Les artistes contemporains se servent beaucoup de ces accumulations et de ces systèmes d’assemblages : Arman, Kader Attia, Allan Mc Collum.

« Shapes Project », Allan Mc Collum                                                                Kader Attia

Le but de ces artistes étant de penser un ensemble, tout en  provoquant un effet visuel voir  un effet esthétisant des éléments et à la fois de révéler l’individualité de chaque élément le composant : « faire tenir une forme autonome au sein d’une masse ».

Catherine Queloz le définit avec justesse: « le désir de retrouver, dans cette notion même de masse toujours considérée comme informe et apparemment homogène, l’individuel, le particulier, le différent ». ( « L’art à une échelle de masse, sur les Shapes Project d’Allan Mc Collum », Jill Gasparina, revue 20/27, n°2, 2007.)

Thème un peu plus en marge mais sur lequel nous pourrons nous attarder ultérieurement, c’est le fait qu’une présentation « massive » fait aussi écho à notre société contemporaine, le toujours plus, la production en chaîne, en d’autres termes la société de consommation… on retrouve une dimension politique dans la masse. La politique est aussi un aspect important dans un lieu de culture car souvent l’Etat intervient de près ou de loin dans le financement. Les objets et documents présentés dans des lieux de culture sont aussi le reflet d’une société dans laquelle ils ont vu le jour et continueront d’évoluer.

Toutefois il faut rester vigilent et ne pas sombrer dans « l’accumulation spectaculaire ». C’est-à-dire qu’il faut sélectionner précisément les objets pour que leurs formes soient mises en évidence et qu’il y ait effectivement un impact visuel mais que leur essence n’en soit pas diminuée mais au contraire apparaisse plus lisible pour le visiteur.

Raphaëlle Venturini

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Responses

  1. Raphaëlle, poursuivez sur cette voie. L’accumulation est une des possibilités intéressante de présentation pouvant être une rupture/respiration dans le parcours muséologique. Essayez de trouver d’autres modes de présentation/installation pouvant être également utilisés… Je pense au travail sur le socle de Didier Vermeiren. Un regard sur l’unique et le multiple existe parallèlement, qui peut faire l’objet d’expérimentation. On peut peut-être envisager de faire une expérience réelle ? Je m’avance car il y aura sans doute des réticences, mais on peut toujours tenter….


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