Publié par : m2museologie | 24/09/2010

Pistes de réflexion

De la question lyonnaise
et des perspectives et contraintes qu’elle offre
à la création d’un musée de la santé

Le projet qui nous occupe me semble une bonne occasion d’interroger les liens ou les hiatus qui se présentent entre le donné local et la vocation globalisante d’un tel établissement.

Nous sommes en effet confrontés à la création d’ « un musée de la santé à Lyon ». C’est à dire un établissement dont les collections renverront à une thématique on ne peut plus universelle, qui devra être traitée par diverses approches -technique, historique, philosophique, sociale, etc-, mais dans un contexte particulier, et donc a priori réducteur.

Inutile de revoir en détails les raisons de l’importance de la question de la santé à Lyon -histoire illustre, présence de « grands hommes », pôle dynamique-, toutes sont clairement exposées dans le rapport consacré au projet et disponible dans les ressources du blog. Tout semble avoir été pensé pour que le contexte local soit la pierre angulaire de l’ouvrage -d‘où le choix de l‘Hôtel Dieu pour abriter les collections-, et à mon humble avis, l’un des grands défis auxquels seront confrontés les futurs conservateurs de l’établissement sera la conciliation entre d’une part les vastes aspirations de la problématique sanitaire, et d’autre part la restriction « lugdunisante ».

Le double prisme sanitaire et lyonnais amène à réexaminer les collections actuellement éparpillées. Il ne s’agit pas simplement de réunir quatre petits musées pour en faire un gros, car ces derniers ne traitent que d’un aspect de la santé, via la question de la maladie, et du traitement de cette dernière. L’idéal serait donc de remettre les choses à plat, de prendre du recul sur les collections afin de traiter au mieux cette nouvelle thématique. Dans le dossier, il est question de lorgner sur les collections d’autres établissements (l’ENS police, l’école vétérinaire, le musée Mérieux, l’école du service de santé des armées, Vinatier). Serait-il possible d’emprunter à d’autres musées, qui certes ne traitent pas de médecine, mais qui, par leur simple appartenance lyonnaise, présentent un intérêt certain ?  Ainsi, une statue d’Esculape tirée du musée Gallo-romain illustrerait bien certains aspects de la thématique. De même, il se pourrait bien (à vrai dire, je n’ai pas un souvenir assez précis des collections de l’établissement pour être catégorique) que le musée Gadagne renferme également des pièces précieuses sur la question (l’organisation des autorités sanitaires lyonnaises, les grandes épidémies…). Enfin, ne sous-estimons pas les archives municipales et départementales, qui renferment probablement de nombreux témoignages et objets.

Cependant, en se contentant de suivre ce seul point de vue, on parviendrait à une saturation de l’espace alloué par la profusion d’objets, sans traiter pour autant la thématique de manière satisfaisante. En effet, on ne saurait réduire son champ d’investigation à tout ce qui traite à la fois de la santé et qui se trouve à Lyon. La santé n‘est pas une spécialité locale, et il faudra bien entendu prendre en compte tout ce qui n’est pas inclus dans les collections lyonnaises, que ce soit en empruntant à d’autres villes, françaises ou étrangères-, ou en adoptant d’autres dispositifs. Cela soulève d’ailleurs des questions qui nous éloignent du sujet, aussi me permettrai-je juste cette petite parenthèse, relatives à la présentation d’objets que l’on n’a pas, mais que l’on estime indispensables d’un point de vue pédagogique. Il me semble en effet qu’exposer un article photocopié en vitrine -c’est à dire remplacer l’objet par une sorte ersatz- comme je l’ai vu faire au musée de l’histoire de la pharmacie et de la médecine au sujet des tables d’Hammourabi, n’est peut être pas la meilleure manière de faire (loin de moi l’idée de blâmer qui que ce soit, le conservateur fait avec les moyens et la place dont il dispose), et qu’il y aurait sûrement de meilleurs moyens d’enseigner.

Enfin, je terminerai ces quelques réflexions par une remarque sur le musée des Hospices civiles, qui, plus que les autres, est au coeur du problème soulevé, puisqu’il a été conçu de manière quasi exclusive sur le critère du lieu. Y sont conservés les objets qui ont appartenu à l’Hôtel Dieu et à la Charité, y compris ceux qui n’ont rien à voir avec la santé ou la médecine (principalement les dons, meubles, peintures et autres animaux en verre soufflé).  Si certains objets seront probablement écartés sans grands états d’âme, la conservation d’autres ne dépendra que de l’équilibre qui aura été établi entre la santé au sens large et l’histoire lyonnaise. Prenons par exemple ce registre datant de l’époque de Rabelais. Document administratif, qui tend à s’éloigner du sujet sanitaire,  mais témoignage glorieux du passé de l’hôpital emblématique de la ville de Lyon. Faut-il le garder ? De même, si les quatre reconstitutions (la pharmacie de l’Hôtel Dieu, le salon, les archives et la pharmacie de la Charité) avaient tout à fait leur place dans un musée qui se définissait lui-même comme local, un musée de la santé se permettra-t-il de consacrer autant d’espace à ce qui ne sera plus qu’un aspect de son sujet ? Je ne pense pas, et je dirai même que je ne souhaite pas que ces salles soient démantelées, car il me semble que nous y perdrions beaucoup, d’un point de vue pédagogique comme patrimonial. Cependant, si à l’avenir ces salles sont conservées tel quel, c’est, je crois, que la question lyonnaise aura -du moins pour ce cas précis- primé sur le souci d’exhaustivité de la pédagogie de la santé. A moins que l’on ait disposé de suffisamment de place pour traiter pleinement le sujet tout en se permettant de conserver ces pièces spéciales, ce dont je me permets de douter.

A. Raffin

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Responses

  1. Bien vu pour l’aspect »Lugdunisant ». Difficile sans doute d’échapper au Lyonno-lyonnais. De fait comme vous l’indiquez en intro, le thème (la Santé) renvoie tout de même à l’universel. La présence entre Rhône et Saône de la pratique médicale est fondamentale (la semaine dernière encore un acte chirurgical innovant à été pratiqué à HEH). Mais le corps universel et ses pratiques prendront le dessus. En même temps le domaine de la Santé à Lyon est tellement vivace et créatif qu’il est « une spécialité locale »… Il faudrait d’ailleurs tenter de savoir pourquoi sous ce climat, en ce lieu le développement de » l’Art médical » a connu un tel succès ?
    En ce concerne les salles de la Charité (classées MH, et difficile à toucher), est-il nécessaire de les inclure dans le Musée ou dans un parcours muséographie au sein de l’HD ?

    • Il n’est certainement pas nécessaire d’inclure ces salles dans le parcours du Musée de la santé, d’un point de vue thématique. Ce que je soulevais, c’était la dimension patrimoniale du problème : ces salles étaient peut être les pièces les plus importantes du musée des Hospices civiles, et leur démantèlement aurait été une vraie perte. Cependant, si elles sont classées aux Monuments Historiques, et qu’on ne peut pas y toucher de toute façon, il faudrait réfléchir à la façon de les prendre en compte : représenteront-elles une annexe spéciale au Musée de la Santé, proposant à côté des collections une petite excursion dans l’histoire locale ? Ou alors, va-t-on créer à côté de ce grand Musée de la santé un autre, plus petit, uniquement consacré à la présentation de ces salles ? Bref si on estime dispensable d’inclure ces salles dans le parcours dans le Musée de la santé, qui assumera leur conservation et leur présentation ?
      Enfin, la question est également spatiale : si on les exclut des collections du Musée de la santé, il faudra cependant prendre en compte leur présence dans le bâtiment. Et s’il est possible, malgré leur classement, de les déménager avec d’infinis précautions, où les installer ?


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