Publié par : m2museologie | 10/09/2010

Corps et santé

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Quelques pistes de réflexion suite aux visites des musées des HCL et de l’histoire de la médecine et de la pharmacie.

Comme je l’ai dit en cours, l’absence de référence, directe ou indirecte au corps m’a semblé manquer lors de la première visite. Il s’agit dès lors de se poser quelques questions quant à une possible présence du corps dans ce qui serait un « Musée de la santé ».

  • de quel corps parle-t-on ici ?

De tout temps, les pratiques et les pensées ont distingué deux types de corps : d’une part le corps-surface, qui se traduit par une étendue topographique, d’autre part le corps-structure qui exhibe son intérieur. Il lie l’homme cartographié par le savoir et l’homme anatomique tel qu’il se présente. Cette liaison se trouve réalisée dans les modèles anatomiques en cire, exposés au musée de l’histoire de la médecine et de la pharmacie ainsi qu’au musée de l’anatomie, indissociable des dispositifs de monstration et de vulgarisation. Ces modèles ont l’avantage, s’ils suscitent tout de même le dégoût ou la répulsion, de créer une distance morale entre le regardant et son objet, une distance que certains pourront qualifier de nécessaire face aux polémiques suscitées par l’exposition de cadavres comme lors de l’exposition Our body, à corps ouverts présentée à la Sucrière de Lyon en 2008. Pourtant, si des personnes décident de donner leur corps à la science, ne serait-il pas possible, et peut-être même permis par la loi, de se servir de ces corps, tout comme le font les étudiants de médecine, dans une visée pédagogique dans le cadre du musée ? Cela nécessitant un cadre d’exposition rigoureux, ouvert à un public averti, pourrait faire l’objet d’une recherche plus approfondie à laquelle je ne me livrerai pas ici, puisque cela va au delà de es compétences. Il me semble pourtant important d’esquisser cette piste.

Trois types de corps exposables se dessinent ainsi :

  • un corps désincarné, littéralement à qui on ôte la chair, la matière, et qui peut se traduire dans des dessins, photographies , vidéos, textes.
  • un corps idéalisé, c’est-à-dire simplement évoqué par des objets médicaux sortis de leur contexte.
  • un corps incarné, qui révèle notre humanité par la présence de modèles de cire ou de tout ou partie de corps conservés (bocaux de formol, embaumement, ossements,….)
  • quel(s) rapport(s) entre le corps, les objets présentés et un « musée de la santé »?

Le terme musée de la santé me semble porteur de deux volontés, conscientes ou non. La première, et c’est celle qui m’a semblé être retenue pour le projet, serait de vouloir montrer un savoir qui sauve, soigne et ainsi prolonge le corps et qui devient par là un musée des pratiques médicales. La seconde serait immanquablement celle du corps dans sa dimension organique, puisque la santé est un terme vague (la bonne, la mauvaise santé ?) et fait donc intervenir les représentations que nous nous faisons du fonctionnement de notre corps, comment nous vivons avec lui à un moment M de l’Histoire. Si les deux s’allient, le musée offre ainsi la possibilité d’écarter le caractère morbide et répugnant de la mise en vue du corps, tout en faisant plus que suggérer un concept absent des expositions présentes et pourtant indissociable du corps et de la médecine, la douleur. Et je pense que là peut intervenir l’art.

Cela fait penser au travail de Damien Hirst qui dit d’ailleurs qu’ « on peut seulement guérir les gens pour un temps, ils meurent de toute façon. On ne peut pas stopper la mort mais ces armoires à pharmacie suggèrent que cela est possible. »

De par sa puissance émotionnelle forte, l’art peut ainsi, sans prendre la place des collections actuelles, venir renforcer un discours tronqué véhiculé par les objets exposés.

Le corps permet ainsi de mieux cerner l’enjeu du projet du « musée de la santé » : s’agit-il de mettre en avant ce que la science sait et fait sur le corps, ou mettre en lumière la manière dont le corps peut venir questionner ce savoir pour mieux le faire exister ?

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Responses

  1. Selyne
    Votre engagement sur la réflexion de la présence du corps à l’intérieur d’un Musée de la Santé est pertinente, et bien formulée : poursuivez….
    Hier le Professeur J. Normand me faisait remarquer la grande planche anatomique (de ?) placée dans une vitrine horizontale, montrant un écorché du thorax. Le dessin coloré était à la fois scientifique et artistique. Cela permet-il de montrer en « douceur », et faut-il montrer en douceur le corps humain ?
    J. Normand me parlait également du « Chef d’oeuvre » à la manière des artisans Compagnons du Tour de France réalisé par les étudiants chirurgie-anatomie consistant à découper, ouvrir, dissocier, etc….une partie du corps pour évaluer la technicité de la pratique….


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